Les banques haïtiennes financent de moins en moins l’économie

Il y a près de deux (2) mois, la Banque de la République d’Haïti (BRH) a lancé une série de publications sur l’économie haïtienne. La Note sur le Crédit Bancaire fait partie des derniers documents publiés par la banque centrale. À travers cette dernière, la BRH informe notamment que le crédit bancaire a connu un repli assez important en septembre 2023 comparativement à septembre 2022. Autrement dit, le financement du secteur bancaire à l’économie a baissé en 2023. Il a chuté sur pratiquement tous les trimestres de l’exercice fiscal 2022-2023.

En termes nominaux, le portefeuille de crédit s’est replié d’environ 10% en 2023, passant de 150 milliards de gourdes à 135 milliards de gourdes entre septembre 2022 et septembre 2023. « Hormis une hausse enregistrée en décembre 2022, le crédit privé a plutôt régressé en rythme trimestriel sur l’ensemble de l’exercice 2023 », ce qui indique que l’économie nationale a été de moins en moins financée sur l’exercice.

En termes réels, c’est-à-dire en prenant en compte l’inflation qui en principe fait baisser la valeur de la monnaie, la régression du crédit bancaire a été encore plus considérable. Elle était de l’ordre de -31,4% en 2023 contre -17,35% en 2022. Il convient de noter au passage que l’inflation moyenne enregistrée en Haïti de septembre 2022 à septembre 2023 s’est chiffrée à plus de 44%. Soit une situation d’hyperinflation.

La baisse des prêts bancaires a été observée à la fois sur le portefeuille de crédit en dollars et sur celui en gourdes. En effet, les prêts en dollars et en gourdes dans le secteur bancaire ont respectivement reculé de 15,06% et de 16,2% au cours de la période sous étude.

En ce qui a trait à la dollarisation du crédit, la BRH se réjouit de son évolution maitrisée. Elle a continué d’évoluer en-dessous de 50 %. Entre septembre 2022 et septembre 2023, le ratio crédit dollars/crédit total n’a augmenté que de 80 points de base pour s’établir à 41,5 %, « résultat des mesures prises par la banque centrale, en vue de limiter les prêts en dollars, notamment ceux dédiés à la consommation ». En outre, la banque des banques souligne que « le taux élevé des réserves obligatoires sur les passifs en devises (53 %) en vue de mitiger les risques associés à l’octroi de crédit en dollars ÉU » a également aidé à combattre la dollarisation du crédit bancaire dans l’économie.

Divers facteurs peuvent expliquer la baisse du crédit bancaire en Haïti. Pour la période étudiée par la BRH cependant, le ralentissement du financement bancaire est lié dans une grande mesure à la conjoncture socioéconomique et politique du pays. Comme les activités économiques ont dans l’ensemble ralenti, la demande du crédit a replié ; situation qui risque d’alimenter davantage la récession économique. Un cercle vicieux qui ne peut être brisé que par l’amélioration de l’environnement socioéconomique et politique du pays.

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