Haïti, depuis quelques années, enregistre une perte continue de son capital humain. Les cadres haïtiens ne cessent en effet de laisser le pays pour se rendre particulièrement en Amérique du Nord (États-Unis et Canada notamment). Sur les dernières années, c’est toute une hémorragie de capital humain que le pays a enregistré en raison notamment de l’insécurité. C’est en tout cas à cette conclusion qu’on peut aboutir en lisant une publication de la Banque de la République d’Haïti (BRH) portant sur l’impact de l’insécurité sur le capital humain dans le secteur financier.
En vue d’évaluer l’impact de la situation sécuritaire sur le secteur financier haïtien, la Banque de la République d’Haïti (BRH), à travers sa nouvelle publication intitulée « BRH-Info à la loupe », a publié un document intitulé « Impact de l’insécurité sur le capital humain : secteur financier ». Les données publiées dans le document proviennent d’une enquête conduite auprès des banques commerciales et des institutions de microfinance (IMF).
Selon les données rendues public, les pertes en ressources humaines dans le secteur financier pour la période allant d’octobre 2022 à décembre 2023 sont évaluées à 626 employés. Autrement dit, sur une période de seulement 14 mois, le secteur financier a perdu 12,78 % de l’effectif total de ses employés évalué à 4 930. Il s’agit, somme toute, d’une véritable hémorragie de capital humain.
Qu’est-ce qui explique cette situation ? La décision de migrer est généralement expliquée par une combinaison de facteurs. Cependant, sur la période étudiée par la BRH, les informations collectées auprès des responsables de ressources humaines en 2022 indiquent que « la progression du taux de rotation est tributaire de l’insécurité, entre autres raisons personnelles évoquées par les employés démissionnaires ». Des employés ont profité des programmes de regroupement familial, notamment celui du « Humanitarian Parole » (programme Biden) pour laisser le pays dans la quête d’une vie meilleure. « Sur les 626 départs recensés sur la période, 186 ont précisé qu’ils ont laissé leur poste pour émigrer aux États-Unis ou au Canada », lit-on dans ce document.
Les pertes en capital humain concernent tous les niveaux de responsabilité et vont des agents de sécurité jusqu’aux directeurs de départements des institutions financières. Une situation qui n’a pas été sans conséquence sur les résultats du secteur financier. En effet, « bien qu’en hausse de 6,34 % sur la période septembre 2022-septembre 2023, le Produit net bancaire (PNB) a maintenu une tendance baissière à partir de juin 2023 », a souligné la BRH à travers cette publication.
Avec le déploiement de la Force multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) dans le pays, peut-on s’attendre à ce que l’hémorragie de capital humain cesse?
Source image de couverture: Comment retenir les « cerveaux » désireux de partir s’installer à l’étranger ? Shutterstock

